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Technocène

Canicule ou géoingénieurie ? L'arnaque Stardust

Par
Z.
20
June
2026
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Encore une fois, la canicule. On crève la bouche ouverte. Des millions d’humains entassés dans des blocs de béton, prisonniers de métropoles tentaculaires où l’unique répit consiste à aller tremper son corps empoisonné dans les eaux douteuses d’un fleuve pollué. Autour de la ville, les projets de data centers pullulent et siphonnent des réserves d’eau déjà taries. Ces épisodes sont désormais notre quotidien. Mais rassurons-nous : dans leurs laboratoires climatisés, scientifiques, ingénieurs et autres apprentis sorciers en blouses blanches travaillent d’arrache-pied. Ils poursuivent inlassablement leur quête : mettre au point une énième solution magique (pour ne pas dire technologique) pour nous apprendre à vivre confortablement au milieu des flammes. Et leur dernière prouesse repousse les frontières entre science-fiction et réalité.

Au nom aussi féérique que la poudre de perlimpinpin qu’elle promet, l’entreprise israélo-américaine Stardust Solutions fait parler d’elle : elle s’apprête dès cette année à disperser des particules dans l’espace pour réfléchir la lumière du Soleil, et, peut-être, refroidir la planète. Sur son site, l’entreprise présente cette folie comme une nouvelle victoire de la civilisation industrielle, qui grâce à son génie technique aurait toujours su dompter la nature et repousser les limites du possible :

«Tout au long de l’histoire de l’humanité, nous avons géré et façonné notre environnement, et construit un monde capable de faire vivre des milliards de personnes. L’humanité a résorbé le trou dans la couche d’ozone, éradiqué des maladies et mis en place des systèmes qui ont transformé le monde. »

A en croire ce narratif, le climat ne serait qu’un problème technique de plus à résoudre entre deux prouesses industrielles. Rien que ça.

Ces paroles vous hérissent le poil ? Ce projet vous terrifie, au point de vouloir le refuser purement et simplement ? C’est ici la réaction normale. On pourrait d’ailleurs s’attendre à ce que ce soit celle de tout individu sensé, à commencer par les figures d’autorité de la société industrielle : nos chers dirigeants et leurs collègues scientifiques, soutenus et financés par l’État. Mais ce qui les inquiète n’est pas tant la dangerosité que représente la géo-ingénierie solaire que la capacité d’une entreprise privée, armée de 75 millions de dollars venus de la Silicon Valley, à bousculer les normes établies et donc dépasser de très loin l’avancement des recherches publiques.

Ils pleurnichent en coeur : « Il existe pourtant un moratoire ! Des réglementations ! Des garde-fous ! » À cela, nous répondons qu’il existait aussi des réglementations pour le nucléaire, l’IA ou les OGM. Que la faim insatiable d’un système conçu pour se développer et coloniser de nouveaux espaces entretient sa propre fuite en avant. Que cette course au développement technologique fait et fera toujours sauter les réglementations qui tentent de la brider. Qu’il suffit de regarder le ciel pour constater qu’un technocrate sociopathe a pu imposer Starlink à l’échelle mondiale, saturant le ciel de 10 000 satellites.

Alors, à qui la faute ? À la Silicon Valley, aux milliardaires, ou encore à l’état d’Israël ? Non.La cause est systémique, et ceux qui façonnent la société industrielle ne seront jamais contre de telles innovations. Au Royaume-Uni, le gouvernement finance déjà son propre programme de recherche  de 60 millions de livres. En France, le CNRS appelle à une « géo-ingénierie fondée sur une recherche responsable ». Public sou privés, tech bros ou États, droite ou gauche, tous participent à la même fuite en avant. L’innovation technologique comme une fin en soi. La survie du vivant reléguée au second plan.

Alors, s’ils ne le feront pas, à nous de le faire. A nous de stopper cette fuite en avant qui nous mène droit dans le mur. A nous cesser d’attendre notre salut de structures politiques et scientifiques prisonnières de la logique industrielle qu’elles prétendent encadrer. De cesser de plaider pour une « science responsable » lorsqu’elle cherche avant tout à rendre acceptable l’inacceptable : un climat détraqué que l’on prétend corriger en le saupoudrant de particules, pour continuer à détruire une planète bientôt inhabitable. Ce qui est responsable, c’est peut-être simplement de garder les pieds sur Terre, de regarder la réalité en face, et d’opter pour la seule solution : s’organiser pour mettre fin au système technologique.

Rejoignez la résistance.

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