Depuis un an, des contrôles biométriques sont mis en place par l’Union Européenne pour automatiser le contrôle des flux humains dans l’espace Schengen. Les empreintes digitales, photos du visage et informations personnelles des non-européens sont numérisées et analysées pour aider la police[1].
Ces dispositifs sécuritaires ne sont pas nouveaux, et rencontraient déjà de la résistance il y a 20 ans.
17 novembre 2005. Une vingtaine de personnes grimées en clowns distribuent des tracts dans la cantine d’un lycée de l’Essonne, où des bornes biométriques ont été installées :
« Ne sentons-nous pas autour de nous l’étau qui se resserre, le bocal qui rétrécit ? Ne voyons-nous pas venir ce moment où l’on saura dans tous les détails ce que nous faisons, où nous sommes, ce que nous consommons ? [...] Il y a quelque chose de ça avec le système de biométrie installé dans la cantine du lycée. Pas un contrôle fort, d’accord. Juste l’un de ces trucs qui nous apprennent à toujours être identifiés, triés, séparés. Qui nous conditionnent, nous habituent à ressembler aux moutons et aux veaux dans nos assiettes… »
Entrés en chantant dans le lycée, ces clowns ne se sont toutefois pas contentés de distribuer des tracts. Ils ont détruit les machines à coups de marteaux.
Panique dans la cantine ! Trois clowns sont arrêtés, condamnés à trois mois de prison, 9000 euros de dédommagement pour le lycée et 15 000 euros d’amende. Mais pourquoi cette rage contre les machines ?
La biométrie est une technologie qui identifie les individus en analysant une partie de leur corps (iris, empreintes digitales) ou leur comportement (démarche, signature). D’origine carcérale, elle s’invite dès 2005 dans les écoles. De quoi rappeler la proximité entre ces deux institutions ?
En 2004, un « livre bleu » des industriels du secteur conseille de conditionner les jeunes à la biométrie dès la maternelle ! De l'élémentaire au lycée, des bornes biométriques s’installent pour gérer l’accès des élèves à la cantine en scannant leurs mains. « La manière dont on impose la biométrie par le conditionnement des plus jeunes, entre autres, est d’inspiration tout aussi totalitaire que le contrôle biométrique lui-même », déclarent les inculpés au tribunal d’Evry.
La machine sait en permanence où sont les élèves, s’ils mangent ou pas. Associée aux caméras dans les écoles, c’est une surveillance constante qui rappelle le panoptique de Bentham. Le « pion » humain est obsolète. Trop sensible, il pourrait désamorcer les conflits, écouter, expliquer. La machine, elle, analyse froidement les « données » et ne laisse pas la place aux émotions. Va-t-on laisser nos enfants être dressés par des machines ?
Des contrôles biométriques automatisés à Chat Control, en passant par la prolifération de caméras et la biométrie intégrée aux smartphones, la techno-surveillance des populations se met en place. En inscrivant l’ordre social dans le corps des individus, elle transforme chaque jour de plus en plus notre monde en prison à ciel ouvert. Mais elle se heurte toujours à des clowns néo-luddites, des citoyens récalcitrants et des révolutionnaires anti-tech.
À BAS LES TECHNOLOGIES DE SURVEILLANCE, POUR LA LIBERTÉ !




