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Retour de Chat Control: le combat pour la liberté doit sortir des écrans!

Par
M.
13
August
2026
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Chat Control, le fameux règlement européen qui permet de scanner tous nos messages privés, chiffrés ou non, a fait beaucoup de bruit sur les réseaux sociaux notamment autour de la fin de l’année dernière (octobre 2025) pour finalement ne pas être adopté. Mais chassez-le par la porte, il revient par la fenêtre.

Il a suffit d’attendre les vacances, une canicule et de nombreux feux de forêts pour que l’Union Européenne revienne à la charge et fasse passer le projet en catimini. Effectivement Chat Control 1.0 a été adopté en début juillet 20261. C’est une première étape qui permet aux plateformes sans chiffrement de bout en bout de scanner ce qui n’est pas chiffré (Instagram, Gmail...), tandis que la seconde version, elle, toujours en négociation, va obliger les plateformes à scanner ce qui est chiffré (Signal, Telegram…). La première version est une dérogation temporaire tandis que la deuxième est un règlement permanent qui pourrait revenir en septembre, sans possibilité de revenir en arrière...

Sous prétexte de protéger la population contre la pédophilie, l’Union Européenne met tous les utilisateurs sous surveillance grâce à l’intelligence artificielle. Et ceci est quasi systématique : justifier des mesures autoritaires au nom de la sécurité pour tous.

Dans la foulée, le gouvernement français a fait accepter l’obligation de vérifier son identité pour aller sur les réseaux sociaux2. Il faudra en fin de compte soumettre une pièce d'identité officielle afin que les plateformes puissent confirmer l'âge réel et l'identité civile de chaque utilisateur, grâce également à l’intelligence artificielle et ce bien sûr "en vue de protéger les plus jeunes des écrans".

Alors qu’une dynamique de surveillance numérique généralisée s’instaure, ces deux mesures liberticides qui viennent de passer à l’échelle nationale et européenne soulève la question suivante : qui le gouvernement cherche-t-il à surveiller exactement ?

Chat Control, cheval de Troie pour enrayer la révolte populaire

Chat Control est arrivé dans la même temporalité que les révoltes de la Gen Z, notamment en Asie. Le rôle prépondérant des réseaux sociaux dans l’organisation collective de ces mouvements politiques a été largement documenté. Effectivement, malgré toutes les nuisances qu'ils incarnent, les réseaux sociaux sont à l’heure actuelle des plateformes populaires pour partager des critiques politiques, « se politiser », créer de l’opposition collective et s’organiser concrètement sur le terrain.

Or, Chat Control et la vérification de l’identité sur les réseaux permettraient aux gouvernements de scruter les moindres contestations en ligne, les moindres critiques émises contre le système et ses dirigeants et de tracer les identités précises de leurs auteurs. Une recette efficace pour tuer dans l’œuf tout groupe politique cherchant à s'organiser -virtuellement et réellement- pour contester les nuisances intrinsèques au système actuel.

Nous admettons que les applications de messageries chiffrées permettent de s’organiser efficacement, même si nous clamons que la lutte révolutionnaire doit passer par l’action pratique, et qu’à terme celle-ci impliquera de toute manière l’effondrement de ces réseaux de communication.

Si Chat Control a pu indigner un grand nombre de personnes et a permis d’expérimenter différentes tactiques telles que des pétitions ou des rassemblements, notamment en Allemagne, la perspective globale de la lutte contre la surveillance n’avance que trop peu. En effet, la surveillance de masse ne s’arrêtera pas là, Chat Control ou non, elle continuera toujours de s’intensifier. Il suffit d’observer les avancements de la Vidéo de Surveillance Algorithmique3, de l’identité numérique ou encore de la reconnaissance faciale.

Dans de nombreux pays, des gouvernements autoritaires coupent tout simplement internet quand la contestation populaire prend une trop grande ampleur. Pensons par exemple au Sénégal qui, en 2024, a bloqué l’accès à internet durant des manifestions après avoir reporté l’élection présidentielle, ou encore à l’Angola qui fit de même en 2025 durant des manifestations contre l’augmentation des prix du carburant. La Tanzanie a coupé internet huit fois en 2025 en période électorale. Au Gabon, l’accès au réseaux sociaux est bloqué depuis février en raison de troubles sociaux. Dans l’Inde de Narendra Modi, internet est de plus en plus régulièrement coupé dès lors qu’il y a des manifestations, des conflits, des violences communautaires ou des fêtes religieuses...

‍Internet et les réseaux sociaux sont des techniques d’organisation et de réunion politique, mais ce sont aussi des infrastructures contrôlées par les gouvernements.

Contrôler le comportement humain, le réel but de la surveillance technologique

Parmi les contestataires de ces nouvelles mesures, certains ne tombent pas dans le piège étatiste (justifier l’installation de mesures sécuritaires "pour lutter contre des problèmes sociaux"), pourtant de nombreux « influenceurs tech » d’Instagram -s’assurant d’informer les premiers des dangers des innovations technologiques sans jamais proposer de solutions concrètes pour les stopper- crient à l’atteinte à la liberté individuelle sans questionner le concept même du téléphone et des réseaux sociaux.

Mais si ces nouvelles mesures sont qualifiées de « liberticides », de quelle liberté parle-t-on exactement ? Et si les réseaux sociaux et les smartphones n’étaient pas déjà les produits d’une dynamique plus globale d'accroissement continu de la surveillance technologique au détriment de la liberté humaine ?

En fait, les États technologiques n’ont pas attendu Chat Control pour surveiller nos faits et gestes via nos téléphones. En plus d’engendrer des problèmes sociétaux énormes tels que l’addiction, l’isolement ou encore la dépression, ce sont des mouchards portatifs qui garantissent un accès quasi illimité à l’« intimité » virtuelle des individus pour les géants de la tech. De même, Internet est une machine conçue pour recueillir, transmettre et collecter de « la data » de façon automatique et efficace. A l’ère du Big Data, vos données sont la nouvelle ressource pour laquelle tous les géants de la tech se chamaillent : connaître ce que vous consommez sur les réseaux sociaux, vos centres d’intérêts, le nombre d’interactions avec vos amis, ce que vous achetez et sur quel site etc.

Les grandes organisations, armées de technologie, créent des sociétés de masse où les comportements humains doivent être régulés, administrés et contrôlés afin de ne jamais perturber la croissance industrielle. Chat Control en Europe, l’identité numérique au Royaume Uni : à notre époque, développer des technologies de plus en plus efficace -merci l'IA !- pour contrôler le comportement humain garantit, perpétue et sécurise l’ordre industriel.

Si nous ne nous organisons pas sérieusement pour enrayer le système technologique, il est fort probable que le crédit social, la surveillance généralisée et les génocides technologiques, -bien que certains marxistes caricaturaux n'y voient pas d'inconvénient - soit le futur dystopique qui plane au dessus des nations les plus avancées technologiquement (dont la France).

Un combat pour la liberté

Quelle liberté dans un système où tout le monde est entièrement dépendants de prothèses technologiques constamment alimentées en énergie pour vivre « dignement » ?

Quelle liberté existe-t-il dans un système où notre sort est laissé entre les mains de technocrates fous jouant à la conquête spatiale et au développement incontrôlable de l’intelligence artificielle ?

Quelle liberté existe-t-il dans un système qui englobe et dicte tous les aspects de nos vies, nous réduisant à de simples rouages dans une mécanique hors de contrôle ? ?

Nos vies dépendent d’un système complexe composé d’infrastructures mondiales sur lesquelles nous n’avons aucune prise. Notre quotidien, notre sécurité et notre bonne santé sont régis par le bon fonctionnement de toutes ces machines en flux tendus parcourant le globe entier. Depuis la 1ère révolution industrielle, la technologie n’a fait que nous déposséder de la maîtrise de nos vies.

Le combat pour la liberté n’e se joue pas contre un règlement qui scanne nos messages privés, il doit aller plus loin et cibler l’arrêt de la technologie qui atomise toujours plus les individus, menace les conditions d’habitabilité de la Terre et réduit nos vies à une existence indigne.

Il ne s’agit plus seulement de dénoncer le caractère intrusif des réseaux sociaux et des téléphones mais d'acter collectivement que c’est toute l’infrastructure technologique qui est conçue et pensée pour contrôler les individus. Si elle crée les conditions d’existence d’une société totalitaire, alors c’est le concept même de Technologie qui devient incompatible avec la Liberté.

Progressivement, la surveillance de masse devient la norme et nos possibilités de résister s’amenuisent. Pour lutter contre la surveillance de masse, nous devons faire tomber l’infrastructure technologique qui la rend possible. Il nous faut au plus vite nous organiser collectivement pour paralyser l’infrastructure technologique mondiale. Pour la terre et la liberté.

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1 https://chatcontrol.fr/

2 https://blogs.mediapart.fr/la-quadrature-du-net/blog/210526/derriere-la-verification-d-age-en-ligne-la-generalisation-du-controle-d-identite

3 https://www.antitechrevolution.org/blog/technosaloperie-videosurveillance-algorithmique

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