Aux Etats-Unis, une résistance grandit contre le déploiement à grande échelle de caméras de surveillance « Flock ». Sur les réseaux sociaux, des saboteurs de caméras « justiciers » comme @nomark.project font des millions de vues et répandent la tendance : endommager les caméras de surveillance.
Pourquoi ciblent-ils ces caméras ?
Depuis 2020, la société Flock Safety, a installé plus de 120 000 systèmes de reconnaissance automatique de plaques d’immatriculation (ALPRs) à travers le pays.1 Leur objectif ? Aider les forces de l’ordre à enquêter sur des crimes et à localiser des véhicules volés, des suspects recherchés ou des personnes disparues. Ces dispositifs scannent automatiquement chaque plaque d’immatriculation qui passe devant eux et identifient les caractéristiques des véhicules, comme que la couleur, la marque, le modèle et le sens de circulation, tout en enregistrant l’heure et le lieu de chaque observation. Les caméras de Flock étant toutes connectées entre elles, cela crée un réseau de données national. Ces dispositifs ne sont donc plus de simples caméras de surveillance, dont chacun peut comprendre les implications. Cette technologie crée un vaste réseau de données qui couplées peuvent suivre nos moindres mouvements. Les déplacements humains sont contrôlés comme des flux. La traduction de « flock », troupeau, illustre bien ce à quoi les humains sont réduits par les technologies de contrôle. C’est donc contre la surveillance généralisée, contre l’anéantissement total de la liberté que les individus se mobilisent.
Le mouvement DeFlock
Aux États-Unis, les actions se sont jusqu’ici déclinées d’un côté, légal, par le mouvement populaire DeFlock, qui a créé une carte collaborative qui recense les caméras. Le site permet également de consulter si une plaque a été recherchée dans le système Flock, d’obtenir un itinéraire pour éviter les radars automatiques et de trouver les prochaines réunions concernant les contrats municipaux avec Flock. D’un autre côté, des dizaines d’individus appelés « justiciers » vont directement endommager ou voler les caméras. Certains se filment pour donner l’exemple, inciter leurs spectateurs à reproduire leurs actions et font des millions de vues sur les réseaux sociaux.2 Le mouvement utilise des tactiques similaires à celles des Blade Runners contre ULEZ3, qui endommagent ou scient les poteaux des caméras qui surveillent le trafic dans les zones très faibles émissions à Londres. La reproduction d’un bout à l’autre le la planète de tactiques de résistance au déploiement de la surveillance de masse, même maladroites ou illégales, révèle en réalité un rejet mondiale de ce phénomène.
Dans son manifeste "La société industrielle et son avenir" Theodore Kaczynski nous met en garde des effets du déploiement progressif des technologies de contrôle:
"159. La résistance populaire empêchera-t-elle l’apparition du contrôle technologique du comportement humain ? Ce serait certainement le cas s’il était introduit brutalement. Mais étant donné qu’il s’imposera par petites touches successives, il n’y aura aucune résistance efficace et rationnelle au sein de la population"
Le déploiement fut trop brusque pour certains. Le CEO de Flock déplore « une réponse inadéquate [de l’entreprise] aux questions et aux préoccupations que suscitent les systèmes ALPR »4 Cette fois, ils ont échoué à rassurer le troupeau. La réaction intuitive de la population face à de tels développements de la surveillance généralisée crée de nouveaux mouvements qui rassemblent au-delà des les clivages politiques. Pour différentes raisons, que ce soit par exemple contre la violation des libertés individuelles ou contre les biais algorithmiques, de gauche à droite du spectre politique, une grande partie la population déteste les caméras de surveillance. Et c’est sur ce terrain d’entente que les opposants à la technologie devront compter.
En réalité, les cibles du mouvement contre les caméras Flock sont peu critiques pour le système, c’est à dire que la destruction des équipements a un impact tolérable pour la surveillance de masse en général. Malgré cela, c’est bien par le biais de mouvements de contestation nés d’un sentiment profond d’être pris pour du bétail comme celui-ci qu’une méfiance envers la société industrielle pourra grandir. Le développement technologique crée une société toujours plus totalitaire. Dans cette trajectoire, toute personne souhaitant freiner la surveillance devra tout particulièrement dénoncer les avancées trop brusques du système, celles qui créent intuitivement un sentiment de rejet, pour rassembler la population. Et cela autour d’actions ciblant cette fois de préférence des points vitaux du système techno-industriel.




