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Technocène

Industrialiser l’espace pour sauver la planète ? L’écologie version Jeff Bezos

Par
A
29
June
2026
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L’une des plus grandes farces de l’ère industrielle, c’est bien de voir les destructeurs de la planète nous promettre le salut par le développement de leurs technologies.

Jeff Bezos, fondateur d’Amazon, a fait mouche au festival Vivatech qui se tient cette semaine à Paris. Invité d’honneur de cette grande foire aux innovations disruptives et aux investisseurs en capital-risque, le milliardaire a pu présenter ses plans délirants sous les applaudissements, sans rencontrer la moindre contestation.

C’est pourtant une dangereuse utopie, fondée sur des présupposés totalement erronés, que finance cet homme surpuissant.

Il ne s’agit pas moins de déplacer les industries les plus polluantes dans l’espace et d’exploiter les matières premières de la lune et des astéroïdes. L’objectif ? « Rendre notre planète-jardin à son état pré-industriel. »

On ne pouvait que s’y attendre. Après l’exploitation des fonds marins et des particules, la nouvelle frontière de ces pionniers de la tech est l’espace.

Les rêves éveillés de Jeff Bezos pourrait faire sourire s’il n’était pas l’une des personnes les plus riches et influentes de la planète. Car derrière ce genre de déclarations spectaculaires, de véritables machineries industrielles se mettent en place.

En effet, les fusées et les excavatrices spatiales ne poussant pas dans les arbres, la mise en œuvre de tels projets nécessitera une exploitation outrancière des ressources planétaires.

Par ailleurs, si des produits manufacturés continuent d’inonder la planète, peu importe que les matières premières soient extraites dans l’espace : les pollutions dues au transport et aux déchets continueront d’entacher la planète-paradis de Bezos.

Mais bien plus que ces limites techniques ou écologiques, c’est le postulat de base qui pose problème. Jeff Bezos explique en effet que la dégradation de l’environnement est la seule ombre au tableau du développement techno-industriel des derniers siècles. ...

Et pourtant, sa verve techno-progressiste ne tient pas face à l’histoire.

Le développement techno-industriel est indissociable de l’avènement d’une société totalisante, où chaque élément est intégré à un système de production globale. Il s’est accompagné d’un recul drastique des libertés face à la surveillance de masse et au contrôle de nos moindres faits et gestes. Il a permis de doter certains États d’armes de destructions massives et permet aujourd’hui à des gens comme Jeff Bezos ou Elon Musk d’avoir plus de pouvoirs qu’aucun être humain n’en a jamais eu.

Enfin, peut-on vraiment parler de recul de la pauvreté pour des populations totalement dépendantes des produits de l’industrie, dépossédée de leur accès à la terre et rendue incapables de produire leur propre subsistance ?

Tout ce que les techno-fanatiques comme Jeff Bezos ont à nous vendre, c’est de déployer des machines de destruction massive dans l’espace pour préserver à tout prix l’ordre industriel et en intensifier les logiques prédatrices.

Décorréler ainsi l’écologie de l’exploitation et de la domination généralisée dans le système technologique est absurde et inconséquent, mais totalement logique pour un géant de la tech comme Jeff Bezos, pour qui la destruction de l’environnement n’est qu’un énième problème technique de plus à gérer, un filon à exploiter.

A ce stade, il est clair que le développement technologique va sceller le destin de l’humanité dans les prochaines décennies. Voulons-nous vraiment dépendre des matières premières spatiales de Jeff Bezos pour survivre sur notre planète-étuve, préservée par la bonne grâce des entrepreneurs de la tech ? Ou voulons-nous reprendre notre destin en main, prendre acte de notre enracinement à la Terre, et s’organiser collectivement pour la défendre ?


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