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Brêves de presse

Pour ou contre la science ?

Par
ATR
10
June
2026
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Pour ou contre la science ?

Aujourd’hui, le moindre débat tend à opposer de manière simplifiée des “antisciences” réactionnaires et des scientifiques supposés neutres et vertueux. Donald trump face aux experts du GIEC. La réalité n’est-elle pas plus complexe ?  Peut-on encore critiquer la science industrielle sans être qualifié d’obscurantiste ? Puisqu’elle est au fondement de la société industrielle, une telle critique ne serait-elle pas absolument nécessaire ? En 1970, un mathématicien français de renommée mondiale tirait la sonnette d’alarme :

“Qu’une recherche de pointe soit associée à une véritable menace à la survie de l’humanité, une menace même à la vie tout court sur la planète, ce n’est pas une situation exceptionnelle, c’est une situation qui est de règle.”


Pour beaucoup, la science serait neutre. Ce serait simplement l’utilisation positive ou négative des avancées scientifiques par les États, les entreprises et les individus qui dicterait le devenir de la civilisation industrielle. Depuis Alexandre Grothendieck, cette idée a été largement remise en cause, notamment par Arthur Guerber dans La fabrique du progrès, par Guillaume Carnino dans L’invention de la science, nouvelle religion de l’âge industriel, et par de nombreux autres auteurs. Et si, au lieu d’écouter les apôtres de la science moderne, on se tournait vers ceux qui avaient vu venir la catastrophe et su alerter sur le rôle déterminant de la recherche dans la trajectoire de nos sociétés ?

Toute production de savoir, qu’elle repose sur la méthode scientifique ou sur des formes de connaissance plus traditionnelles, est façonnée par des facteurs culturels, sociaux et matériels. Dès lors, si elle est le produit et le reflet d’un contexte historique donné, la science moderne est indissociable du processus global d’industrialisation. Dans ses résultats s’expriment les technologies mobilisées par les chercheurs, le monde artificiel dans lequel ils sont nés, ont grandi et ont été formés, bref, le système industriel mondial qui les biberonne dès la naissance.

Comme le montre l’historien des sciences et des techniques Guillaume Carnino, la recherche scientifique partage avec l’industrie une même exigence : celle d’établir des méthodes précises et reproductibles à l’infini, garantissant une forte prédictibilité des résultats. En somme, les conditions d’une production à l’échelle industrielle. La science moderne et l’industrie relèvent bien d’un même mouvement historique, malgré la séparation construite par l’idéologie du progrès, qui a opposé le monde matériel à ses représentations et instauré une division entre le monde académique et sa mise en œuvre industrielle.

L’histoire de la chimie montre qu’un même “progrès” scientifique produit toujours des effets ambivalents : elle a d’abord engendré les gaz de combat, avant la chimiothérapie. La recherche scientifique est une activité incontrôlable qui sert d’abord à perfectionner les armes de guerre. L’usage civil vient ensuite, pour légitimer l’innovation et nous en rendre dépendants. Peu importe que l’agent orange ou le phosphore blanc aient décimé des populations entières : les sociétés occidentales disposent désormais de remèdes pour tenter de soigner les maladies d’un monde empoisonné par les produits du progrès scientifique et industriel lui-même.

Ainsi, lorsque Greta Thunberg appelle les responsables politiques à “écouter les scientifiques”, elle oppose une science supposée pure aux “dérives” de l’industrie, oubliant ainsi que celle-ci est depuis toujours son bras armé. En réalité, le fait que nous n’ayons d’autre choix que de nous en remettre aux avis de scientifiques, d’experts et de spécialistes sur la direction de notre société révèle une dépossession généralisée et une impuissance politique profonde. L’existence même de ces experts tient au fait que nous n’avons plus de prise réelle sur les décisions qui orientent le cours des choses.

Arthur Guerber, médecin libertaire, expose ainsi l’aveuglement suicidaire que génère le dogme scientiste au sein des masses :

“C’est scientifiquement prouvé.”

Il suffit de constater à quel point les gens relayent de façon acritique les études “scientifiques” dont ils ont entendu parler dans la presse, et dont ils ne comprennent pas grand-chose, pour voir qu’une personne lambda au XXIe siècle, malgré ce qu’elle en pense, est tout autant crédule et aliénée qu’une autre au Moyen Âge.

À l’époque, les gens étaient au moins dotés d’un savoir pratique et d’une connaissance générale de la nature qui les entourait, ce qui les rendaient opérant dans le monde. Ce savoir polyvalent ancestral tiré de la nature a disparu de notre société tertiarisée. Pour la population du Moyen Âge, la source d’autorité était la religion, pour nos contemporains, c’est la science. Le prêtre a été remplacé par le prix Nobel.

Cette critique est vitale au mouvement écologiste, qui doit cesser d’implorer les élites pour une “meilleure utilisation” de la science, d’espérer qu’un gouvernement d’experts pilote la décroissance d’une société industrielle en dérive, ou de quémander plus de fonds pour le CNRS, bourreau de milliers d’animaux au nom du progrès. Certes, toute critique de la science ne doit pas pour autant fragiliser le socle de connaissances communes nécessaire à l’action collective. Mais dans tous les cas, avons-nous vraiment besoin d’un énième rapport du GIEC pour saisir l’ampleur du désastre ?


Les faits sont largement “prouvés” et chacun peut en faire l’expérience au quotidien : la forêt de son enfance dévastée, le déclin des papillons dans nos jardins, les animaux écrasés au bord des routes, les canicules qui se multiplient.

Les constats sont déjà là. Et tout semble pointer dans la même direction : les coupables sont matériels, ce sont des infrastructures massives, soutenues par une science moderne qui, à chaque innovation, prolonge cette dynamique de destruction globale. À nous de prendre la mesure de cette réalité, et de nous organiser en conséquence.

À bas l’ordre industriel.

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