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Technocène

Reconnaissance faciale : de l'indignation à la révolution

Par
A
•
21
March
2026
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Une récente enquête du média Disclose[1] révèle que la police utilise à tout va, depuis des années, la reconnaissance faciale. Lors des contrôles d'identité, ils prennent des photos avec leurs smartphones de service NEO et consultent le TAJ, immense base de données qui centralise les antécédents judiciaires. La situation est digne des pires dystopies : tous vos faits et gestes documentés, enregistrés et stockés quelque part, accessibles à tout moment et reliés à votre visage.

À chaque enquête révélant un peu plus à quel point nous vivons dans un cauchemar éveillé, les réactions vont de l'indifférence à l'indignation. On s'indigne du fait que l'utilisation de cette technologie soit illégale. Oui, cela permet de montrer que les forces de l'ordre ne respectent pas les règles, et alimente la perte de confiance dans les institutions. Mais n'insister que sur cet aspect du problème n'est pas suffisant.

Lorsque nous nous indignons des pratiques illégales des forces répressives, nous entretenons l'illusion qu'il serait possible de contrôler les technologies et les armes de la domination. Nous tendons la perche pour l'encadrement de ces technologies par des textes de lois, ce qui normalisera leur existence. N'importe quel prétexte sera bon pour faire sauter ces lois. Lorsque nous nous focalisons sur la légalité ou non de l'usage des technologies liberticides, nous invisibilisons le fait que toutes l'infrastructure de la société industrielle est conçue et pensée pour contrôler les moindres faits et gestes de chaque individu ou groupe social. La technologie créé une société du contrôle total.

Lorsque nous nous indignons du fait qu'aucun politicien ou parti politique ne dénonce ces technologies, nous entretenons l'illusion d'une meilleure gestion de ces technologies et de la possibilité d'un débat "démocratique" autour de leur utilisation. Le citoyennisme le plus naïf et la succession d'appels à l'insurrection générale ne suffiront pas pour empêcher l'étau de se resserrer. Le problème est bien que ces technologies existent.

Des technologies de contrôle et de surveillance aussi puissantes ne sont tout simplement pas souhaitables : elles posent les bases matérielles des pires sociétés humaines que l'on puisse imaginer,où tout est sous le contrôle du pouvoir. Elles nécessitent tout le système industriel pour être produites — industrie du numérique, industrie minière, réseau électrique, etc. —, avec toutes ses nuisances et ses logiques prédatrices.

À chaque nouveau scandale de ce type, les gens se sont indignés. Déjà quand la carte d'identité a été imposée par l'état, la presse s'est indignée et une partie de la population a résisté. À chaque nouvelle technologie liberticide, des lanceurs d'alerte nous apprennent que les états et les multinationales nous connaissent mieux que nos proches.

Chaque jour, l'étau se resserre sur nos libertés et nos possibilités de résistance s'amenuisent. Nous avons laissé s'accumuler entre les mains des puissants un pouvoir technologique sans précédent, endormis par les miettes qu'ils nous jetaient pour acheter la paix sociale. L'heure n'est plus à l'indignation.

Plus que jamais, il est temps de s'organiser pour mettre à l'arrêt les infrastructures qui alimentent toutes les technologies liberticides.

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