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Technocène

La police du futur d'Anthropic

Par
A.B
•
05
October
2026
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L’entreprise américaine Anthropic est actuellement entrain de développer un système de police prédictive pour réprimer les opposants à l’IA. Des offres d’emploi et des entretiens récents avec les hauts responsables de la sécurité d’Anthropic ont révélé qu'un laboratoire d’IA de pointe mettait en place un vaste système de surveillance — et plus généralement un système de « pré-crime » — pour garder un œil sur tout opposant à l'ordre technologique. Il s’agirait de recourir à des programmes algorithmiques pour prévenir des supposés crimes avant même qu’ils n’aient eu lieu. Tandis qu'elle se présente comme une alternative « responsable » à OpenAI, Anthropic façonne une société proprement techno-totalitaire.

Police prédictive, cauchemar dystopique

La police prédictive est une pratique consistant à identifier des activités criminelles potentielles en analysant des tendances globales plutôt qu'en s'appuyant sur des preuves directes. La matraque et le bouclier sont ainsi guidés par des programmes informatiques qui analysent et traitent des quantités massives de données grâce à l’intelligence artificielle.

Cette nouvelle technologie permet donc de prédire où les crimes auront lieu et qui en sera l’auteur. Voilà la promesse : arrêter les crimes avant qu’ils ne soient commis. Mais comment cela fonctionne-t-il réellement ?

Certains programmes se concentrent sur les potentiels lieux de crimes : les algorithmes décèlent des liens entre des précédents incidents, les lieux précis où ils se sont produits, à quel moment et sous quelles conditions météorologiques. Puis ils recommandent à la police ces lieux.

D'autres programmes identifient « les potentiels délinquants » : les algorithmes croisent les histoires personnelles et les antécédents judiciaires des individus afin de déterminer des « facteurs de risques » (antécédent judiciaires, fréquence, arrêt de l’école et à quel âge etc.) Puis, à partir de toutes ces données digérées par la machine, une liste est générée artificiellement avec les noms des individus qui sont le plus enclin à enfreindre la loi.

De la science-fiction ? L’utilisation de ces logiciels de prédiction est pourtant plus commune qu'on ne le pense. Sur la dernière décennie, l’utilisation de la police prédicative s’est rependue dans plus de cinquante pays, que ce soit dans des pays en démocratie comme la France où dans des autocraties à parti unique comme la Chine.

En début septembre 2026, le média « 404 Media » révèlait comment des unités secrètes de « police prédictive » au sein de la police des frontières américaines (Border Patrol) analysent les activités financières des citoyens américains et s'en servent comme prétexte pour les intercepter sur la route, même en l'absence de tout soupçon concernant un délit précis. Les renseignements issus de ces analyses algorithmiques sont transmis aux services de police locaux, qui les utilisent pour effectuer des contrôles routiers ciblés. Une caractéristique majeure de cette pratique est que les personnes contrôlées ne sont pas soupçonnées d'une infraction précise au préalable ; les fouilles sont motivées uniquement par la probabilité calculée par le système. Effrayant, n'est ce pas ?

Cette technologie est censée aider à construire une société où le moindre crime serait étouffé dans l’œuf. Or ce que l'on constate, à partir des faits et des témoignages de victimes de ces algorithmes, c'est que les systèmes font l’opposée et ciblent généralement les personnes les plus vulnérables de la société en les marginalisant encore plus. Ces programmes ont tendance à désigner les personnes à faibles revenus, les quartiers populaires sont désignés comme des « zones à risque », ce qui incite la police à y patrouiller davantage. Le volume accru de données enclenche un cercle vicieux, conduisant à un ciblage répété des mêmes zones.

Les techno-progressistes doivent se cogner au principe de réalité

Il serait tentant de déplacer le réel problème en protestant que ces algorithmes sont alimentés par des données discriminantes et qu’ils amplifient les biais du système au sein duquel ils sont conçus (racisme, sexisme, classisme…) comme par exemple dans les articles de la Quadrature du Net ou même de Contre Attaque sur le sujet, où l'on peut par exemple lire : « une société raciste produira nécessairement des caméras racistes ».

Voilà un poncif qui occulte ouvertement la nature intrinsèque de la technologie. C’est partir, à nouveau, du postulat que la technologie serait neutre et que le problème résiderait entre les mains de celui qui la détient. Derrière ces discours se cachent une acceptation de la technologie et de son monde : il pourrait exister une IA communiste, des drones LGBT, de la vidéosurveillance algorithmique féministe et une police prédictive anti-discrimination.

La vérité sur la technologie ne réside pas dans le vieux fantasme de l’autogestion ou dans les vaines promesses de maîtrise de ces machines surpuissantes. Elle réside dans les rapports humains et les rapports à la nature qu’elle cristallise dès aujourd’hui. Tout cela est déjà là, avant même l'application d’une quelconque éthique. Alors sur quels faits doit-on se baser pour choisir son camp ? Les faits réels quant au développement technologique et au pouvoir glaçant qu’il confère chaque jour un peu plus aux technocrates ou l'aspiration à futur hypothétique basé sur… rien, à part un doux rêve ? Se cogner au principe de réalité, donc. C’est-à-dire : un principe qui confronte une dynamique interne (volonté, désir, idéal) aux conditions effectives du monde.

« Pour des raisons à la fois du pragmatisme et de la mystique, la société industrielle sacralise cette technologie. C’est cette sacralisation qui permet à la classe technocratique au pouvoir d’échapper au débat démocratique et à la remise en question de sa domination. »

Jacques Luzi

Tant que nous siroterons la culture techno-progressiste sans jamais cibler la technologie en soi, les technologies se développeront encore et encore, anéantissant toujours plus notre liberté, nous assujettissant toujours plus à une poignée d’entreprises de haute technologie et à la classe technocratique. Nous pourrions finir dans des camps technologiques, forcés à travailler sous le « regard » ininterrompu de huit caméras comme les Ouïghours en Chine et il y aura encore des techno-fanatiques pour nous rassurer : « mais si on autogérait ces caméras intelligentes, peut-être que... ». Il est urgent de dénoncer ces croyances et ces discours, complices du futur sombre que les technocrates construisent.

Stopper la police prédictive

On ne lutte pas contre des algorithmes comme on lutte contre un projet de data center. Un projet de data center, c’est local, matériel, isolé et visible. Ici, il s’agit d’algorithmes « intelligents » capables de croiser une quantité massive de données récupérées sur nos réseaux sociaux, nos dossiers médicaux, nos activités bancaires, nos mouvements dans l’espace publique...

Le monde numérique crée une prison avec des barreaux invisibles, un monde où il est impossible de fuir car scruté par des capteurs et des caméras en permanence. Un monde où il est impossible de se révolter puisque chaque acte est prédit à l’avance. Un monde où aucune liberté n’est possible. Un monde où, finalement, chaque individu aurait intériorisé sa propre soumission. Bienvenue dans le meilleur des mondes.

Caméras Flock, Chat Control, vidéosurveillance algorithmique, police prédictive, capteurs intelligents, superintelligence… Ces projets ne sont pas isolés : ils construisent un système entier reposant sur des technologies de plus en plus invasives qui suppriment progressivement toute vie privée. Ils créent un système techno-totalitaire.

« Je suggère que nous puissions considérer comme totalitaire un pouvoir lorsque a) il exerce une pression sur les volontés et les actions des sujets ; b) on ne peut pas lui échapper, c’est-à-dire qu’il affecte tous les sujets ; c) il est omniprésent, c’est-à-dire que son influence ne se limite pas à l’un ou l’autre des aspects de la vie sociale, mais qu’elle s’étend à tous ses aspects ; d) il est difficile ou presque impossible de le critiquer et de le combattre. »

Hartmut Rosa

Pour rompre avec la guerre d’usure qui nous condamne à lutter contre chaque projet un par un, rappelons-nous que cette méga-machine est alimentée par des câbles et des infrastructures. Stopper la police prédictive, insulte à la vie humaine, impliquerait d'éteindre le courant qui fait tourner ces algorithmes. Tout le combat anti-tech réside dans la remise en cause de cette puissance capable de mettre sept milliards d’individus sous contrôle permanent.

Contre le fantasme d’algorithmes vertueux, pour un arrêt total de la technologie.

Rejoignez la résistance.

ATR accueille et forme constamment de nouvelles recrues déterminées à combattre le système technologique.