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Technocène

Une IA se présente aux élections : la grande arnaque de la neutralité politique

Par
Z
•
16
April
2026
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Une IA candidate aux élections législatives en Colombie. Un pas de plus vers la mainmise des machines sur notre société déjà hors de contrôle.

Son nom n’a pas été choisi au hasard : Gaitana renvoie à une héroïne amérindienne du XVIᵉ siècle, une dirigeante qui mena la résistance contre les conquistadors espagnols.

Aujourd’hui, ce symbole de lutte est repris par un avatar numérique à la peau bleue, mis en scène sur les réseaux sociaux dans des décors futuristes, promettant d’incarner une nouvelle démocratie participative, de défendre l’écologie et les peuples autochtones.

L’idée paraît séduisante : les opinions de la communauté sont recueillies, analysées par un algorithme, et produisent des décisions politiques censées refléter la volonté collective. Une politique rationalisée, débarrassée des faiblesses humaines, où les choix ne seraient plus le fruit de compromis ou d’intérêts particuliers, mais le résultat objectif d’un traitement de données. Face à la corruption, à l’inefficacité et à la lenteur des institutions, la machine semble offrir la solution. Une promesse d’efficacité, des décisions plus justes. Cette promesse n’est rien d’autre qu’une arnaque.

Une IA n’est jamais neutre. Elle dépend des données sélectionnées, des objectifs programmés, des paramètres qu’on lui impose, des institutions qui la financent, et surtout des ingénieurs qui la crée. Elle reflète et défend les intérêts de ses concepteurs.

Dans le cas de Gaitana, l’algorithme a été développé par l’ingénieur colombien Carlos Redondo, qui utilise cette candidate virtuelle pour porter un projet politique bien réel. Autrement dit, l’IA n’est pas une candidate autonome mais un dispositif, une interface politique façonnée par des technocrates qui définissent ses objectifs, sélectionnent ses sources d’information et orientent son fonctionnement.

Lewis Mumford l’avait déjà analysé : les sociétés dominées par de grandes infrastructures technologiques tendent progressivement à transformer de gestion technique.

Selon lui, le pouvoir ne s’exerce plus dans l’espace public du débat et de la délibération, mais dans la conception et l’administration de systèmes complexes. La promesse est toujours la même : davantage d’efficacité, davantage de rationalité, des décisions plus rapides et plus optimisées. Mais cette efficacité s’obtient au prix d’un appauvrissement démocratique profond.

Le philosophe Aurélien Berlan décrit ce phénomène comme une logique de « délivrance ». Depuis plusieurs siècles, la technologie promet de libérer les sociétés humaines du poids de l’effort et des contraintes. Mais cette promesse de libération s’accompagne d’une dépossession progressive.

À force de déléguer nos tâches aux machines, nous finissons par déléguer notre capacité d’agir. On délègue d’abord le travail manuel, puis certaines décisions pratiques, et peu à peu la gestion collective elle-même. La politique devient alors un domaine à optimiser plutôt qu’un espace de responsabilité, de confrontation et d’émancipation.

Pour les gouvernements et les institutions, l’avantage est clair : présenter les décisions comme le résultat d’un calcul algorithmique dilue la responsabilité.

« Ce n’est pas nous, c’est l’algorithme. » Contestation difficile, décisions intouchables.

Et cette expérience s’inscrit dans un mouvement plus vaste : monnaies numériques, identités centralisées, administrations automatisées, décisions prédictives. Les citoyens cessent d’être acteurs du monde commun. Ils deviennent des utilisateurs, des profils, des données à analyser et optimiser.

La question du pouvoir politique dépasse largement une IA candidate. Nous l’avons déjà perdu.

La complexité du système concentre le pouvoir entre ingénieurs, concepteurs et administrateurs. Le fonctionnement du monde dépend désormais d’organisations technocratiques et de systèmes techniques, pas d’individus.

Croire qu’une IA rendra le pouvoir aux peuples autochtones, c’est ignorer que l’industrie, sur laquelle repose l’existence de l’IA, participe à leur extermination depuis des siècles.

L’autonomie doit être d’abord technique. Nous ne serons libres que lorsque nous ne dépendrons plus de serveurs, de réseaux électriques, d’Internet, de cobalt ou d’autres minerais pour survivre.

Nous serons libres dès lors que les machines ne ravageront plus la terre et ne menaceront plus nos conditions de vies.

Nous serons libres dès lors que nous pourrons à nouveau nous organiser localement, à petite échelle, selon nos propres règles et nos propres besoins.

POUR LA TERRE ET LA LIBERTÉ ; LA REVOLUTION ANTI-TECH !‍

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