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Technocène

Usbek & Rica et le greenwashing décomplexé

Par
E
•
06
May
2026
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Usbek & Rica, le média « écolo » qui a déjà violemment attaqué ATR par le passé, a récemment publié sur son site un entretien avec Karine Revcolevschi, directrice de la DOAAT (Direction Optimisation Amont/Aval & Trading) pour le groupe EDF. L'objectif ? Relayer sans aucune distance critique et matérialiste un discours mielleux sur « l’électrification des usages ».

L’article commence très fort de café avec un titre on ne peut plus clair : « Tout ce qui appuie l’électrification des usages est très positif. » Vraiment ? Chez ATR, on se pose la question : où s’arrête l’écologie, où commence le relais d’agenda industriel ?

Présenter l’électrification comme intrinsèquement « positive » revient à supposer que : ‍

> plus de technologie = progrès

> plus d’électricité = transition

> plus d’infrastructures = solution

Or cette équation est contestée depuis longtemps par la critique écologique. Ellul, Mumford, Charbonneau ont tous montré que la technique n’est jamais neutre : elle restructure la société selon sa propre logique d’expansion.

L’électricité « abondante »

Usbek & Rica reprend sans recul le vieux récit de la corne d’abondance énergétique sans mise en débat réelle des coûts matériels, énergétiques ou sociaux de cette stratégie. Pourtant, cette vision cornucopienne — selon laquelle innovation et technologie repousseraient indéfiniment les limites matérielles — est largement critiquée.

Philippe Bihouix rappelle que la transition technologique repose sur des ressources finies, des métaux rares et des infrastructures lourdes. Karine Revcolevschi se contente de justifier une gestion raisonnable et adaptative de l’électricité, en fonction des saisons et besoins des usagers, de la quantité d’énergie « renouvelable » produite.

L’électricité « verte »

L’électrification massive des usages n’est pas une simple mesure climatique : c’est un axe stratégique porté par l’État, EDF et les lobbies de la filière électrique pour réorganiser l’économie autour de nouveaux marchés énergétiques.

Hélène Tordjman rappelle que la croissance verte n’est qu’un habillage du modèle industriel, une « fuite en avant » capitaliste vers la technicisation du vivant. Nicholas Georgescu-Roegen quant à lui rappelle que toute économie, même décarbonée, reste matérielle : elle consomme irréversiblement ressources et énergie.

L’électricité au service de la souveraineté énergétique

Difficile dans cette dynamique de « croissance verte » de s’émanciper des logiques économiques mondiales. L’article mentionne ouvertement la nécessité d’être compétitif sur le plan de l’électrification. L’électrification accroît la dépendance à : l’uranium importé, aux métaux critiques (lithium, cobalt, cuivre, nickel), aux chaînes industrielles mondiales, aux infrastructures numériques centralisées.

L’électricité pour les data centers IA

L’article assume désormais : les data centers IA (appelés centres de données dans l’article pour bien effacer le caractère péjoratif de l’expression en anglais) présentés comme un « usage positif » de l’électricité, légitiment l’explosion de la demande énergétique, l’extraction massive de métaux et l’expansion d’un numérique énergivore. Usbek & Rica ignore délibérément les alertes sur ce complexe techno-industriel, comme si électrifier supprimait extraction, artificialisation et dépendances globales — alors qu’il ne fait que déplacer les impacts.

L’électrification est donc présentée comme une solution magique sans implications matérielles. Cette mise à distance spatiale et symbolique de l’appareil productif permet de naturaliser la consommation en effaçant les infrastructures qui la rendent possible. Comme l’ont montré des penseurs de la production de l’espace et de l’infrastructure, reléguer usines, entrepôts et réseaux énergétiques en périphérie participe à invisibiliser le coût matériel du confort contemporain. L’énergie paraît alors immatérielle, propre et abstraite, précisément parce que ses lieux de production sont tenus hors du regard.

On ne verdit pas l’industrie, on l’arrête. Croire qu’il suffirait d’électrifier l’appareil productif pour le rendre écologique relève d’une illusion techniciste. Comme l’ont montré Ellul, Charbonneau ou Georgescu-Roegen, un système fondé sur la croissance, l’expansion technique et l’accumulation matérielle ne devient pas soutenable parce qu’on en change la source d’énergie. Une industrie productiviste électrifiée reste une industrie productiviste. L’enjeu écologique n’est pas de « verdir » la mégamachine industrielle, mais de rompre avec le modèle qui détruit les milieux au nom du progrès.

CONTRE L'ECOLOGIE REFORMISTE ET SON AGENDA INDUSTRIEL ; LA REVOLUTION ANTI-TECH !‍

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