Le 29 mai dernier, en Allemagne, les industriels du « renouvelable » ont bénéficié d’une publicité gratuite. Ende Gelände, un mouvement de désobéissance civile de masse qui se bat pour la fin du capitalisme fossile, du charbon, et une transformation profonde du système, s’est fait le porte-parole des industriels verts pour réclamer l’accélération de l’extractivisme au nom de la « transition ».
Oui vous avez bien lu. Un des mouvements les plus médiatiques et efficaces de l’écologie revendiquée « radicale » a pourtant sauté à pieds joints dans la plus belle ruse du système.
Ce jour-là à l’aube, c’était 1500 militants mobilisés, tous transportés en bus, pour converger vers des points inconnus. Ils avaient suivi des formations juridiques, s’étaient préparés à toute éventualité face à la répression et ne connaissaient pas spécialement leur rôle dans ce qui allait se jouer dans la journée.
Ils ont réussi à pénétrer -parmi d’autres actions le même jour- dans l’enceinte de l’ancienne centrale à charbon de Sholven, un symbole historique de l’industrie fossile, vouée à être transformée en centrale à gaz.
Mais c’est alors, après avoir fait preuve d’une efficacité organisationnelle hors normes, qu’Ende Gelände révèle que le but de cette action était ... de déposer des panneaux solaires sur le sol de la centrale.
Cela laisse un goût amer en bouche : l’écologie « radicale » des activistes se résume à substituer une industrie à une autre.
La focalisation des technocrates et plus largement des mouvements écologistes sur l’énergie est une ruse bien huilée pour faire oublier la plus grande partie du problème : les infrastructures industrielles.
Alimenter une cimenterie en électricité plutôt qu'en charbon ne remet pas en cause son existence ni sa logique industrielle. Elle dépendra toujours d'un système composé de mines, de routes, de réseaux électriques, de sites de transformation et de chaînes logistiques qui doivent être construits, entretenus, renouvelés et continuellement étendus.
De plus, la production même des énergies renouvelables est un désastre pour la nature : un nombre incalculable de métaux sont nécessaires à la fabrication d’éoliennes et panneaux solaires industriels, sans citer les étapes de fabrication et l’impact de leur fonctionnement sur la faune environnante.
Les actions des écologistes d’Ende Gelände, avec d’autres comme Friday for Future, Greenpeace ou les Amis de la Terre qui eux ont réalisé une éolienne humaine lors d’une grande manifestation, leur font défendre un monde plutôt qu’un autre : contre le monde naturel, le maintien d'une société industrielle de grande échelle, électrifiée et alimentée par une accélération des activités extractives.
Mais comment en sont-ils arrivé là ? Leurs tactiques d’occupation et leur détermination démontrent de réelles aspirations à changer le système. Seulement le mythe de la transition énergétique les condamne aujourd’hui à faire de la publicité pour les industries renouvelables et les gardent dans l’illusion que la société industrielle pourrait être verdie.
Cette ruse permet d’oublier l’impact matériel de nos modes de vie et du rôle des technologies dans leur perpétuation.
Les demandes politiques de mouvements comme Ende Gelände passent à côté du problème central de la technologie pour prioriser la mauvaise gestion humaine du système. Le problème serait le choix des technologies et non leur existence même.
Or les technologies à grande échelle, dites industrielles, impliquent majoritairement des sociétés hiérarchisées, centralisées et voraces sur les ressources naturelles.
Chaque saut technologique depuis la révolution industrielle accroît notre dépendance envers un appareil industriel plus vaste que le précédent. L'intelligence artificielle constitue l’illustration la plus claire de cette dynamique : elle prolonge une histoire d'industrialisation qui remplace progressivement l'autonomie et la liberté humaine par des réseaux techniques que personne ne peut réellement maîtriser.
Si l’écologie aujourd’hui ne se limite qu’à un projet de modernisation de la société industrielle, elle se transforme en lobbying. Il est temps d’arrêter d’opposer énergies fossiles et renouvelables pour poser la nécessité d’un arrêt du développement technologique, voire sa suppression totale.
Ces activistes nous montrent que l’organisation collective peut déjouer la surveillance du système, reste à diriger nos efforts contre lui et la mégamachine au lieu de se laisser berner par ses promesses.
Pour l’autonomie et pour la vie, Anti-Tech Revolution.




