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Révolution permanente ou révolution anti-tech ?

Par
Z
•
07
March
2026
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Fin 2025, Révolution Permanente publie un article intitulé « La technologie est aussi un terrain de la lutte des classes ».

L'organisation convoque pour l'occasion l'universitaire Juan Sebastián Carbonell. L'entretien dresse un constat lucide : l'IA intensifie le contrôle, renforce la dépossession, prolonge le taylorisme sous forme algorithmique. La technologie n'est pas neutre. L’IA socialiste est impossible. Il est temps d’oser penser le refus de la technologie (de certaines, peut-être).

Les progressistes deviendraient-ils technocritiques ?

Si le diagnostic tient, le raisonnement s’effondre au chapitre des solutions.

Contrairement à d’autres communistes ouvertement technophiles, il n’est pas question ici de se réapproprier « l’IA capitaliste » mais plutôt de recentrer le débat sur nos « choix technologiques ». Révolution Permanente affirme ainsi que la gauche devrait se saisir de la question technologique afin de décider collectivement de ce que l’on garde ou rejette.

Soit.Mais une question simple est soigneusement élucidée :comment ? Dans un système mondialisé, verrouillé parles États et les grandes firmes industrielles, emmailloté dans les chaînes deproduction ultra-complexes, et fragmenté par la division internationale du travail, quel pouvoir réel avons-nous pour choisir quoi que ce soit ?

Les technologies complexes comme l’IA, la tronçonneuse ou encore l’ordinateur dépendent pour leur construction et leur fonctionnement d’un réseau international de sites d’extraction, d’un réseau d’infrastructures et de transport, d’esclaves (rendus dépendants de l’industrie pour survivre), de sites où évacuer les déchets, d’une armée et d’une police pour accaparer les ressources, d’une myriade d’ingénieurs et d’experts pour les gérer, etc.

Dans ce contexte matériel global, comment concrétiser le vœu pieux de Révolution Permanente ? Comment les travailleurs pourraient-ils décider démocratiquement d’ouvrir ou de fermer des milliers de mines dans le monde, gérer des millions de tonnes de déchets toxiques ou limiter l’accaparement des ressources pour des data centers ?

Affirmer que ce système pourrait être géré démocratiquement, c’est l’abstraire des lois qui le régissent. À chaque changement technologique majeur, des personnes ont réclamé que la démocratie s’en empare. N’oublions pas les échecs des mouvements antinucléaire ou anti-Ogm, et ce malgré des mobilisations massives.

Un appareil productif aussi vaste et complexe exige coordination, discipline et hiérarchie.Né de l’extractivisme intensif, conçu pour l’accumulation et l’exploitation, le système industriel engendre un autoritarisme structurel.L’idée d’un système industriel rendu démocratique après une révolution communiste n’est qu’une fable que Friedrich Engels dénonçait déjà dans un texte publié après la Commune de Paris :

« Supposons qu’une révolution sociale ait détrôné les capitalistes. Supposons que la terre et les instruments de travail soient devenus la propriété collective des travailleurs qui les emploient. L’autorité aura-t-elle disparue ou bien n’aura-t-elle fait que changer de forme ? Voyons.
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Prenons à titre d’exemple une
filature de coton. Le coton doit subir au moins six opérations successives avant d’être réduit à l’état de fil. Pour maintenir les machines en mouvement, il faut un ingénieur qui surveille la machine à vapeur, des mécaniciens pour les réparations journalières et des manœuvres préposés au transport des produits d’une salle à l’autre. Tous ces ouvriers sont obligés de commencer et de finir leur travail à des heures déterminées par l’autorité de la vapeur.
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Puis, des questions surgissent sur le mode de
production et la distribution des matériaux, qu’il faut résoudre sur-le-champ, sous peine de voir s’arrêter toute la production ; qu’elles se résolvent parla décision d’un délégué ou par un vote de la majorité, la volonté de chacun devra toujours se subordonner ;c’est dire que les questions seront résolues autoritairement. Le mécanisme automatique d’une fabrique est bien plus tyrannique que ne l’ont jamais été les petits capitalistes qui emploient des ouvriers. »

Alors oui, l’IA n’est pas réappropriable. Déjà en 1871, Engels notait qu’il en allait de même pour une filature industrielle ou le chemin de fer. Il serait grand temps d’appliquer la même ludicité à l’appareil de production qui la rend possible.

Cette position n’est pas nouvelle. Carbonell s’inscrit dans une lignée d’intellectuels tendance dans les milieux militants : une clique de doctorants qui se prétendent garants de la seule technocritique acceptable et intelligente, à l’inverse d’ATR et ses « dérives réactionnaires ».

Pour ces honnêtes gens, l’invocation du « choix démocratique » devient un mot d’ordre idéal, suffisamment abstrait pour séduire une partie de la gauche, tout en évitant de tirer les conclusions radicales posées par nombre de penseurs technocritiques avant eux.

Un rapide examen des besoins matériels du système industriel et de l’organisation sociale qu’il impose suffit pourtant à montrer que cette technocritique n’est pas crédible.

Cette critique édulcorée permet surtout à Révolution Permanente de continuer à nourrir le mythe d’un communisme mondial qui résoudrait tous les problèmes, et où les travailleurs du monde entier pourraient enfin s’asseoir à une table pour décider collectivement des technologies à conserver ou à rejeter.

Si le summum de l’idéalisme trouve aujourd’hui sa place sur le blog d’une organisation qui se réclame du matérialisme historique, nous ne partageons en rien ce dangereux fantasme. Il nous paraît évident que le système de production de ces technologies — et son lot de nuisances écologiques et sanitaires — n’est souhaitable pour personne. Qu’il soit communiste, socialiste ou capitaliste.

Nous ne nous laissons plus bercer par les intellectuels et leur idéalisme. Ne répétons pas l’histoire en nous contentant de leurs solutions illusoires et inoffensives.

Nous avons besoin d’une résistance organisée,capable d’analyser les points faibles du système industriel pour le paralyser. Ce n’est qu’une fois remis sur un pied d’égalité technique, sans hiérarchie, pouvoir centralisé et réseaux d’infrastructures planétaires, que nous pourrons reconstruire un véritable débat démocratique sur la trajectoire de nos communautés.

CONTRE LA TECHNOLOGIE, POUR L’AUTONOMIE !‍

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