Blog
Technocène

La France Insoumise, l’IA et l’hypocrisie ordinaire

Par
A
29
July
2026
Écoutez cet article
Partagez cet article

Dans une interview accordée au média « Ils font Marseille », Manuel Bompard, député et coordinateur de la France Insoumise, présenté comme « l’homme de l’ombre » de Jean-Luc Mélenchon, s’étend quelques minutes sur l’intelligence artificielle[1].

Domaine d’expertise pour ce docteur en mathématiques appliquées à l’aéronautique. Il a en effet activement contribué au succès de la start-up d’IA de son pote ingénieur nommée « Adagos », qui compte aujourd’hui parmi ses clients des fleurons de l’industrie nationale tels que Dassault, Airbus, EDF, Michelin…

Bompard ne surprend pas par son discours sur l’intelligence artificielle : c’est toujours les mêmes poncifs ânonnés avec aplomb par les politiciens de tous bords depuis des décennies. « L’IA, c’est une chance, on ne peut pas se permettre de la refuser. Le problème, ce sont les mauvais usages. La cryptomonnaie par exemple c’est nul, mais pour détecter des cancers on ne va quand même pas cracher dessus ! »

Prenons donc le temps de décortiquer tout ça, avant de nous attarder sur les réactions tout aussi affligeantes des scrolleurs qui prennent encore le temps de partager leur opinion aux homo numericus perdus dans les mêmes bulles algorithmiques qu’eux.

1.1 Le joker de la médecine

« L’IA, c’est une chance, dans un certain nombre de domaines. Il faut le développer, le promouvoir. Ça apporte aussi des risques, des dangers, de remise en cause des droits, des libertés fondamentales, et il faut aussi l’encadrer, le contrôler. Tous les usages de l’IA ne sont pas positifs, mais il y a des usages de l’IA qui sont positifs et indispensables. Quand on fait tourner des modèles dans le monde médical parce qu’on arrive à détecter […] les premiers symptômes d’un cancer... Je pense que personne va être contre le fait qu'on fasse développer des intelligences artificielles pour essayer de mieux détecter, de mieux prendre en charge ces maladies pour pouvoir les soigner plus rapidement. Quand on fait tourner des immenses modèles pour frapper de la crypto-monnaie, personnellement, je suis moins certain de l'impact positif pour la société. »

Évidemment, Bompard commence par les bienfaits de l’IA dans la médecine, l’éternel pied dans la porte de tous les partisans du progrès technologique. Peu importe si les faits les contredisent chaque jour, ils n’en démordent pas. Cela reste une manière habile de cadrer la discussion, qui relativise tous les « risques » ou les « dangers » qui pourront être énumérés par la suite.

Personne « n’est contre » les bienfaits de l’IA dans la médecine. Mais à y regarder de plus près, le calcul n’est pas si simple.

L’intelligence artificielle est une technologie de pointe, l’aboutissement de toutes les industries du XXIème siècle combinées : mines pour les matières premières, usines de transformation et d’assemblage, réseaux électriques, infrastructures de transport de matières et d’énergie, centres de données, « terminaux utilisateurs »… Tout le système techno-industriel est nécessaire pour faire fonctionner l’IA. C’est le bon fonctionnement de ce système qui cause les maladies que l’IA promet de détecter un peu plus tôt, uniquement pour la portion infime de la population mondiale qui bénéficie d ’infrastructures médicales suffisamment sophistiquées. À quoi bon détecter des cancers plus rapidement dans une environnement toujours plus cancérogène, d’autant plus quand cela se fait au prix d’une exploitation exponentielle des humains et de la terre ? Comme l'expliquait déjà le collectif grenoblois Les renseignements généreux en 2006 :

« Bien sûr, les apologistes du Progrès technique promettent des avancées médicales spectaculaires. Mais pourquoi ne pas s'attaquer aux causes des maladies ? Au lieu de développer des biopuces qui nous préviendront en temps réel du développement des cancers, ne devrait-on pas supprimer les pesticides des champs ? L’amiante des constructions ? Le benzène des industries ? Le chlore de l'eau du robinet ? Les rejets chimiques et radioactifs dans les rivières ? La pollution de l'air par les automobiles ? La lutte contre les causes des maladies nous semble bien plus importante que la recherche de remèdes ou de palliatifs coûteux, souvent inefficaces, et qui font surtout la fortune d'industriels[2]. »

1.2 Ni peur paralysante, ni enthousiasme excessif : la voie de la modération

Bompard utilise la même rhétorique rassurante que Mélenchon au sujet de l’intelligence artificielle, en se présentant comme le camp modéré par rapport aux technophiles inconscients et aux technophobes qui refusent obstinément le progrès. On aurait donc d’un côté ceux qui craignent de se voir remplacés par des machines et de l’autre ceux qui veulent mettre de l’IA partout.

Cette opposition est bien trop simpliste. Tout d’abord, l’intelligence artificielle est imposée de force, sans aucune consultation publique et de manière insidieuse. Elle apparaît dans des navigateurs internet, sur des sites utilitaires, dans des applications, etc. La population n’a ni le temps ni même l’occasion d’exprimer la moindre opinion. Les technophiles qui veulent développer l’IA le font quant à eux par pur intérêt économique et politique : le développement technologique est une course contre la montre qui met perpétuellement en concurrence les grandes puissances et leurs entreprises. Nous aurons largement l’occasion d’y revenir.

L’opposition à l’IA ne se cristallise par ailleurs pas du tout uniquement autour de la question du travail : avons-nous tord d’avoir peur d’une technologie qui anéantit nos capacités de réflexion[3], qui sélectionne des cibles et les torpille de manière totalement autonome, qui prend le contrôle de véhicules de plusieurs tonnes, qui accélère tous les procédés industriels d’ores et déjà responsables du ravage de la planète, qui automatise les processus d’isolement et d’addiction aux réseaux sociaux[4], qui abolit les frontières entre la vie et la mort, qui humanise les machines et accentue encore notre dépendance à la production industrielle ?

Enfin, rappelons une évidence assez simple : c'est vrai que les mathématiques appliquées à l'aéronautique, la coordination d'un parti politique ou la « députerie » ne sont pas autant menacés par l'automatisation et l'IA que les métiers déqualifiés, où l'on ne fait rien d'autre que remplir des tâches répétitives et abrutissantes sur un ordinateur. Quand on a vécu l'ouragan provoqué par l'arrivée du numérique, on est en droit de se dire que l'IA va être une catastrophe pour le travail et la survie à court-terme dans ce système pourri jusqu'à la moelle. Quand on sait que des millions de postes sont promis à la disparition et les autres à la « mutation », on est en droit de s'inquiéter.

Mais une analyse plus fine de l’intelligence artificielle révèle plutôt une intensification du travail qu’un « remplacement » pur et simple. Bompard mentionne bien les entrepôts logistiques dans lesquels des machines donnent des ordres aux employés, les fameuses data driven manufactures. Il évoque le « travail humain aujourd'hui [nécessaire] pour construire une intelligence artificielle [et] l'utiliser. » Mais d’après son expérience d’ingénieur et de « start-upeur », doit-on comprendre qu’il pense seulement là au travail de programmation, de recherche, de conception ? Oublierait-il les mineurs qui crèvent pour aller chercher toutes les matières premières contenues dans les composants électroniques ? Les ouvriers des usines de fabrication de puces[5] ? Les travailleurs du clic qui entraînent les modèles d’IA pour les rendre plus performants ?

Chaque révolution industrielle a mené à une mutation du travail, toujours vers davantage d’exploitation, de misère, d’inégalités et d’aliénation. L’IA, en tant que « quatrième révolution industrielle », va entraîner elle-aussi un bouleversement de nos sociétés. S’il est encore impossible d’en mesurer totalement l’impact, il est déjà très largement négatif.

Manuel Bompard se contente de rappeler qu’il existe un « droit du travail », et qu’avec un encadrement et des réglementations adéquats, nous pourrons garder le meilleur de l'IA et continuer à aller travailler dans la joie et la bonne humeur. Il se contredit toutefois lui-même quelques minutes plus tard, en rappelant que l’automatisation est au cœur du projet de la gauche :

« Franchement, si la machine, elle permet de remplacer des tâches humaines qui sont [...] les plus pénibles, les plus complexes, celles qui produisent des maladies professionnelles, des souffrances, etc., pourquoi on serait contre ? […] Si ça permet d'alléger la charge humaine, de libérer du temps qui permet ensuite de le consacrer au loisir, à la création, à la culture, à la solidarité, pourquoi on serait contre ? Enfin, pardon, mais l'histoire de la gauche - en tout cas telle que je la conçois - c'est quand même d'essayer de libérer l'être humain de ses oppressions, de lui libérer du temps libre. Les grandes batailles de la gauche, ça a quand même été la réduction du temps de travail, ça a été les congés payés, ça a été le fait qu'on ait justement du temps et qu'on ne passe pas sa vie uniquement [à la gagner] pour pouvoir vivre. [...] Quand on a développé l'imprimerie, quand on a développé la machine, les usines… C'était quand même plutôt pas mal, non ? Ça nous a permis de gagner en productivité, de moins travailler. Bon voilà, j'essaie de regarder l'avenir de manière positive, pas toujours avec anxiété, avec peur, avec crainte... »

Ainsi, tous les esclaves de la chaîne de production de l’IA mentionnés plus haut contribuent en fait au projet séculaire de la gauche, en libérant les occidentaux de toutes leurs peines pour qu’ils puissent faire de l’art ! « Pourquoi on serait contre ? » Du moment que nous avons un gouvernement fort, qui peut garantir qu’on « régule », qu’on « contrôle » et qu’on « on ne fait pas n'importe quoi » ?

1.3 De l’impossibilité de développer tout en contrôlant l’IA

Tout le discours de Bompard tient donc sur la séparation entre les bons et les mauvais usages de l’IA. Son gouvernement garantirait, par des réglementations, des lois et un encadrement strict, la promotion des uns et la prohibition des autres.

Ce discours doit être hardiment combattu pour toutes les catastrophes qu’il a déjà laissé arriver.

Les effets positifs d’une technologie sont inséparables de ses effets négatifs : nous ne pouvons pas avoir l’IA et ses bienfaits pour la santé sans l’IA et ses méfaits pour l’environnement. Par ailleurs, utiliser des catégories morales pour débattre d'une technologie s’avère très rapidement être une impasse : y a-t-il réellement un consensus pour dire que l’utilisation de l’IA dans l’éducation est « bonne » ou « mauvaise »[6] ? Y a-t-il un consensus autour des IA dans la politique[7] ? Etc.

Les promesses de contrôle et de régulation sont de toute évidence un mirage. La France, ses écoles de recherche et ses « belles start-ups » ne vont pas se développer en dehors de la concurrence internationale sévère qui oppose des puissances militaires comme la Chine et les États-Unis. Manuel Bompard en est bien conscient lorsqu’il dit que « l'intelligence artificielle va avoir un poids significatif dans les prochaines décennies. » Or, c’est bien à cause de cette compétition internationale et de la quête de puissance qui caractérise tous les États-nations et les multinationales à l’ère industrielle qu’aucune réglementation sur l’IA n’a pu être mise en place, malgré un consensus assez large sur les dangers et les risques qu’elle comporte. Si les limites ne sont pas imposées partout, aucun français ‒ peu importe pour qui il a voté ‒ ne sera protégé des « mauvais usages » de l’IA dans d’autres pays, ou des projets néfastes menés par les milliers d’entreprises qui travaillent sur l’IA partout dans le monde.

Quand on le questionne sur les liens entre la recherche publique et les entreprises privées ‒ et les possibilités de contrôle de ces dernières, Bompard semble distinguer d’un côté une recherche publique qui se cantonnerait à des recherches théoriques bien encadrées, et de l’autre les entreprises qui innovent à partir de ces découvertes. Il faut selon lui développer et soutenir les entreprises privées françaises, nos « pépites » nationales (une jolie manière de désigner les start-ups de cette industrie mortifère), en garantissant leur accès à des capitaux français par exemple. Or, c’est justement le dépassement de nouvelles limites, la découverte de nouveaux champs d’exploration qui n’avaient pas été jusque-là envisagés par les réglementations et les lois en place, qui caractérisent l’innovation et le caractère « disruptif » des start-ups de la tech.

Enfin ‒ et c’est là une des leçons essentielles du philosophe des techniques Jacques Ellul ‒, toute tentative de régulation et donc de contrôle est une technique en soi. En effet, comment s’assurer du bon respect des réglementations sinon en utilisant des technologies pour surveiller et analyser les activités de chaque laboratoire et de chaque start-up en temps réel, centraliser toutes ces données et les traiter pour ensuite envoyer des représentants faire appliquer la loi ? La recherche perpétuelle du contrôle total de chaque pan de la société est une caractéristique du système technologique. On en vient donc à imaginer que l’addition de systèmes techniques puisse contrôler et corriger les effets imprévisibles d’un système technique aussi complexe que l’IA...

La solution magique à tous ces problèmes est toujours la même : nous reprendrons le contrôle sur l’IA quand nous serons souverains sur nos infrastructures numériques. Une analyse plus approfondie de cette notion montre qu’il ne s’agit là que d’une profession de foi.

1.4 Le leurre de la souveraineté numérique

« Cela va être un enjeu de la prochaine campagne présidentielle : de développer une intelligence artificielle française souveraine, avec des clouds souverains, avec la capacité d'avoir nos propres données, qui sont stockées sur nos propres infrastructures et qu’on ne soit pas dépendants des autres. »

Nous passerons sur l’ironie de voir les candidats favoris de tous les défenseurs acharnés de la justice sociale, de l’écologie et des libertés humaines se réapproprier ce terme, qui n’est rien d’autre qu’un synonyme de « puissance » nationale, et que promettent à l’envie tous les autres politiciens, sans exception[8]. Ils le font au nom de la nouvelle France et ils sont bien intentionnés, alors tout va bien.

Cette promesse de souveraineté numérique est un mensonge éhonté, qui relève soit de la pure démagogie ‒ serait-ce étonnant de la part de politiciens ? ‒ soit de la pure ignorance. La première option semble bien plus probable.

Est-il réellement sérieux de parler de souveraineté, d’infrastructures nationales et d’indépendance au sein du système techno-industriel ? Ce dernier a atteint, depuis longtemps déjà, une échelle gigantesque telle qu’il est totalement hors de contrôle. C’est d’ailleurs bien pour cela que tous les politiciens n’ont que le mot « souveraineté » à la bouche : nostalgiques de l’époque révolue où les États-nations n’étaient pas encore menés du bout du nez par des multinationales surpuissantes[9], jaloux de la Chine et de ses compagnies pétrolières nationalisées, ils font miroiter la possibilité de reprendre un semblant de pouvoir de décision sur nos vies, quand cela est en réalité une impossibilité matérielle.

Est-il simplement envisageable que la France ait ses propres infrastructures et ne soit pas dans une situation de dépendance ? Pensons à la fabrication des composants électroniques ultra-sophistiqués et indispensables à l’IA, où seules quelques entreprises, comme TSMC, Samsung ou Intel, se disputent la tête du marché. Pensons aux matières premières, et tout particulièrement au silicium, indispensable à la fabrication de ces semi-conducteurs, dont la Chine reste le premier pays producteur mondial. Pensons au réseau de câbles sous-marins par lesquels transitent tous les flux de données, qui quadrillent le globe sur 1,3 million de kilomètres, et au centre duquel trône les États-Unis. Ces derniers s’octroient d'ailleurs une « marge de manœuvre considérable en matière de captation des communications » passant par chez eux, et la majorité des communications entre l’Europe et l’Asie passent par le territoire américain[10].

« [Le] protectionnisme poussé est impossible. Les chaînes d’approvisionnement sont de plus en plus mondialisées, complexes, fluctuantes, interdépendantes, et la souveraineté diminue dans tous les domaines avec l’assemblage de produits complexes dont les ingrédients ou composants viennent de tas de régions et d’industries via une logistique tentaculaire. […] Les discours sur la souveraineté ne sont en réalité que de vastes enfumages communicationnels pour essayer de justifier la poursuite suicidaire du système techno-industriel [...] au détriment de politiques écologistes, sociales et anti-capitalistes de rupture. Dans le technocapitalisme, il n’y a qu’aggravation de la dépendance et complexité accrue, le contraire de l’autonomie et même de la souveraineté (concept vague qui tend vers le nationalisme protectionniste). Dans la civilisation industrielle, la dépendance et la fragilité structurelle s’accroissent sans cesse[11]. »

Si les mirages d’infrastructures entièrement contrôlées par la France, de « clouds souverains » ou encore d’indépendance totale s’évanouissent rapidement face à un examen sommaire de la matérialité de l’IA, on comprend néanmoins ce que Bompard et les autres politiciens entendent vraiment par leurs discours souverainistes.

En réalité, l’idée n’est pas d’avoir une IA 100 % française mais bien de conserver un certain pouvoir décisionnel. Quand Manuel Bompard exprime son refus d’être une « colonie numérique », il critique avant tout le fait que la France héberge dans ses data-centers des données américaines ou que Google et d’autres GAFAM investissent massivement sur son territoire. Dans ce contexte, on pourrait en effet continuer à imaginer une mondialisation numérique cordiale, avec des pays producteurs alliés, sélectionnés sur le volet, qui exportent leurs composants et partagent leurs centres de données, dans le seul objectif de faire advenir le paradis terrestre où nous pourrons tous faire de l’art, du sport et du caritatif pendant que les machines travaillent à notre place, bien entendu. Croire à une telle fable nous semble relever du délire. Il nous semble évident qu’une technologie aux implications matérielles aussi énormes, sur une planète aux ressources limitées et déjà tant entamées, ne peut pas être contrôlée et génère obligatoirement des conflits. Mais ce projet de souveraineté purement géopolitique, où la France choisirait ses partenaires (les pays de l’Union européenne ou la Chine, par exemple) et entretiendrait des relations cordiales avec eux, pourrait continuer de rassurer une partie de la population et maintenir encore quelque temps un statu quo. Après tout, n'est-ce pas ainsi que nous fonctionnons depuis plusieurs décennies déjà : entourés d’objets, d’infrastructures et d’énergies extraits et produits aux quatre coins du globe, sur lesquels nous n'avons aucune prise, aucune maîtrise, aucun contrôle ?

Quoi qu’il en soit, la question de la souveraineté numérique, d’un « cloud souverain » et d’infrastructures 100 % françaises est au cœur d’une contradiction fondamentale dans le discours de Bompard, qui a été pointée du doigt par une partie des internautes et qui permet de révéler la tension indépassable entre deux visions de l’écologie tout à fait antagonistes. Le rôle du progrès technologique dans la suprématie de l’une sur l’autre est, on le verra, déterminant.

2.1 Hypocrisie et amnésie générale

Cet entretien de Bompard nous est parvenu via le réseau social américain Instagram. Celui-ci semble être le lieu de rendez-vous préférés des écologistes de gauche conscientisés et bien diplômés (mais sans doute sommes-nous biaisés par les bulles algorithmiques). Dans les commentaires s’enchaînent en effet des appels à la raison fort sensés à l’attention du coordinateur Insoumis :

« Oui mais attends Manu tu omets quand même complètement de parler de l’impact écologique dé-sas-treux de l’IA ! » S’ensuivent des suites de chiffres, statistiques et autres données apprises par cœur par ces followers assidus de médias indépendants type Bon pote ou Reporterre, ou d’influenceurs vraiment engagés comme Gaetan Gabriele.

À tous ces gens, nous reconnaissons tout d’abord plus d’honnêteté et de bon sens qu’à tous les communistes productivistes bornés que nous avons pu rencontrer durant nos quelques années d’existence, dont la Paduteam est l’incarnation la plus éminente. En effet, il paraît totalement absurde de promettre tout à la fois des politiques publiques de développement de l’IA pour rattraper notre « retard » vis-à-vis de la Chine et des États-Unis ou la souveraineté sur nos infrastructures numériques, et « l’harmonie des êtres humains avec la nature[12] ». L’IA est un monstre industriel, la quintessence et l’aboutissement du système productiviste qui ravage la planète, qui dévore et dévorera tout ce qu’il pourra.

Il y a une sorte de consensus actuellement parmi les milieux de l’écologie politique et du camp de la « défense des libertés », pour le dire largement, sur la critique de l’intelligence artificielle. Cela s’est cristallisé autour des centres de données d’une part, et autour des dirigeants des entreprises big tech américaines de l’autre, qui enchaînent les prises de position polémiques, les déclarations scandaleuses et les manœuvres politiques et économiques révoltantes.

Toutefois, l’IA n’est que le sommet de l’iceberg. Et si la critique de cette technologie n’est pas associée à une critique plus large de tout le système techno-industriel, elle sera trop rapidement détournée de son véritable potentiel révolutionnaire.

Il est en effet commun de lire et d’entendre, avec le sujet des technofascistes et des data centers, que « la technologie n’est pas neutre ». Cependant, on comprend bien que ce que sous-entendent par-là la plupart des intellectuels, journalistes, influenceurs-militants ou politiques, c’est qu’elle ne serait pas neutre parce qu’elle est développée et utilisée par telle ou telle personne, telle ou telle multinationale, tel ou tel gouvernement. Parce qu’elle servirait tels ou tels intérêts. Nous ne l’entendons pas de la même manière : nous pensons que la technologie n’est pas neutre parce qu’elle « a son propre poids, ses propres déterminations, ses propres lois, autrement dit, en tant que système elle évolue en imposant sa logique[13]. »

2.2 L’IA et le fantasme de contrôle total ne datent pas d’hier

Ici nous devons donc rappeler que l’IA ne date pas des années 2020. Manuel Bompard le dit lui-même dans son interview : l’intelligence artificielle existe depuis des décennies, depuis les années 1980 en réalité. Elle n’est rien d’autre qu’une nouvelle étape dans la concentration de puissance et de pouvoir des multinationales du numérique, et dans le pillage de ressources stratégiques par les grandes Nations prédatrices. Les entreprises d’IA ont beau maintenir le discours de l’innovation disruptive, de la recherche théorique qui « repousse les limites du savoir humain », nous savons qu’en réalité leur seul « mérite » est d’avoir accès à toujours plus de matières premières, toujours plus d’usines, par le biais de toujours plus de guerres, de contrôle, de destruction, de brutalité et de violence aux quatre coins du globe.

Les data centers existaient bien avant la généralisation de l’IA. Ils sont la continuité de toutes les salles informatiques qui se sont multipliées tout au long de la seconde moitié du XXème siècle. Nous n’assistons aujourd’hui qu’à une nouvelle phase d’expansion industrielle du cloud apparu à partir des années 2000.

Nous pouvons voir sur ce graphique que des centaines de milliers de data centers ponctionnaient déjà des ressources partout dans le monde dès les années 2000. Source : https://www.datacate.net/data-centers-a-timeline-of-growth-and-expansion/. Si l’on distingue aujourd’hui les énormes sites industriels hébergeant plusieurs milliers de serveurs informatiques, qu’on estime à l’heure actuelle au nombre de 12 000, le graphique ci-dessus prend aussi en compte les salles informatiques de petites entreprises et donc les infrastructures privées.

L’IA n’est en soi rien d’autre que la concrétisation d’un fantasme ancien, celui des industrialistes du XIXème siècle et des cybernéticiens des années 1950, qui rêvaient de voir le monde entier piloté par des machines, et chaque élément en son sein réduit à un 0 ou un 1. Le délire de contrôle totalitaire des sociétés humaines revendiqué de manière provocante par un Axel Karp ou un Peter Thiel a nourri toutes les entreprises technologiques depuis la Seconde Guerre mondiale, et même auparavant.

D’ailleurs, l’accaparement de fonds et d’infrastructures publiques par des entreprises privées pour atteindre un tel degré de puissance n’est en rien une nouveauté apparue avec les big tech de l’IA. Les États, que les citoyennistes de tout bord s’imaginent encore chargés de les protéger des vilaines multinationales, collaborent depuis le début de l’ère industrielle avec des entreprises privées tentaculaires[14], car ils ont toujours eu besoin de contrôler et de surveiller au plus près leur population. L’État, associé au système techno-industriel, n’est rien d’autre qu’une vaste technique d’organisation et de coercition sociale, comme l’avaient montré, encore une fois, Jacques Ellul et Bernard Charbonneau[15].

2.3 L’IA : l’arbre médiatique qui cache la forêt numérique ?

La technologie n’a pas attendu l’IA pour être un gouffre écologique ou une catastrophe sociale.

En réalité, l’IA pourrait presque s’apparenter à un objet « médiatique » : on a collé un nom impressionnant à un ensemble de technologies qui existaient déjà. Certes, elles ont franchi un nouveau seuil de puissance, mais toutes les polémiques et la surmédiatisation finissent par invisibiliser la vieille histoire industrielle du numérique et de l’électronique, dont l’IA n’est que le prolongement logique.

Or, cette histoire – et toutes les nuisances qui vont avec, puisque c’est une histoire industrielle ‒ n’a pas commencé dans les années 2020, comme le rappelle l’historien des techniques Guillaume Carnino :

« Sur Terre, les dix millions d’antennes-relais (2G à 5G), le milliard de box DSL/fibre, les deux cents millions d’équipements autres (routeurs, bornes WIFI, etc.), le million de kilomètre de câbles sous-marins et la centaine de millions de serveurs dédiés accaparent tant de matières et d’énergie qu’ils constituent l’une des plus vastes entreprises de matérialisation jamais engagées par l’humanité. […] L’empreinte écologique d’internet est gigantesque, et elle ne fait que croître. Le numérique encapsule et optimise l’ensemble des processus industriels et des macro-systèmes techniques, tout en constituant lui-même un secteur industriel à part entière. Alors que s’accroît la longueur des chaînes industrielles grâce au numérique, l’empreinte géographique de celui-ci s’accentue ; et à mesure que l’emprise territoriale du numérique augmente, la capacité d’optimisation grandit ; ad infinitum[16]. »

2.4 Amnésie environnementale, seuils de non-retour et dépendance vivrière à un système mortifère

Tous ces individus si conscients et si renseignés, qui interpellent Manuel Bompard sur l’impasse écologique de l’IA, sont-ils frappés d’amnésie fulgurante quant aux destructions engendrées par l’arrivée d’internet, la démocratisation des ordinateurs individuels ou encore des téléphones portables ? Sont-ils aveugles face aux conséquences d’ores-et-déjà tangibles ‒ et éprouvées dans leur chair par des milliards d’êtres vivants ‒ du développement technologique et industriel effréné des deux derniers siècles ?

Ce n’est pas l’IA et ses data centers qui nous ont mené à la terrible situation dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui, mais bien l'ensemble du système techno-industriel qui a colonisé toute la planète au cours du XXème siècle.

Or, c’est bien ainsi que fonctionne ce système : il produit ce que certains ont pu appeler l'« amnésie environnementale ». Au fur et à mesure que les dévastations industrielles s’enchaînent et causent des dégâts irréversibles à la nature, les générations qui se succèdent et qui naissent dans le désert technologique oublient tout simplement qu’il y a pu y avoir, il y a encore quelques décennies, des animaux sauvages en France qui n’étaient pas faméliques ou réduits à l’état de crêpes carbonisées sur un bord de route. Elles oublient qu’il y a pu y avoir des forêts qui ne brûlaient pas chaque été. Elles ne peuvent plus se référer qu’à l’environnement qu’elles ont connu : le cocon artificiel de béton, d’acier et de câbles façonné par les industriels.

Et c’est précisément dans cette biosphère dégradée, dans cet environnement hors-sol, qu’une « écologie » dévoyée s’impose : l’écologie technocratique, l’« administration du désastre » comme ont pu l’appeler René Riesel et Jaime Semprun en 2008[17]. Une écologie contre laquelle mettaient déjà en garde, là encore, Bernard Charbonneau et Jacques Ellul, ainsi que tous les premiers écologistes des années 1960-1970[18]. Cette écologie, c’est celle de la gestion d’un « stock » de ressources (la nature) par un État « écologiste », au sens où celui-ci contiendrait la crise environnementale en organisant la distribution parcimonieuse et soigneusement calculée des dernières miettes arrachées à la Terre. Ce n’est rien d’autre que la « bifurcation écologique pour une société de l’harmonie » du programme de la France Insoumise, qui promet notamment « un outil national [...] pour suivre en temps réel les données clés sur l’économie et l’environnement, en compilant des images satellites, des mesures terrestres et maritimes, des informations sur les actifs industriels énergétiques et leurs impacts, etc.[19] », ou encore de « renforcer les moyens humains et financiers de l’ingénierie des territoires[20] »

Cette écologie usurpatrice détourne tout le potentiel proprement révolutionnaire de l’écologie politique pour simplement renforcer les institutions de contrôle, d’exploitation et de coercition. Elle est confortée et renforcée par le progrès technologique, qui promet à chaque génération de plus en plus acculée des solutions miracles pour maintenir à flot la société industrielle, seul environnement qu’elles n’ont jamais connues et dont elles dépendent donc toujours davantage pour survivre, au fur et à mesure que les possibilités matérielles d’autonomie sont annihilées.

« La notion de « dépendance au sentier » dit de façon générale les effets d’inertie, de blocage, et de reproduction qu’ont installés bien des choix techniques et d’organisation de la société contemporaine : une fois telle ou telle option prise, difficile d’en changer. Cette situation prend aujourd’hui une signification majeure, car à mesure que des seuils d’irréversibilité écologique sont franchis, c’est comme si le sentier se dérobait derrière nous, interdisant toute velléité de revenir sur nos pas. En verrouillant ainsi la trajectoire en cours, en nous faisant manquer des embranchements qui auraient pu se révéler salvateurs, le greenwashing participe dangereusement à réduire le champ des mondes encore possibles. En contribuant à laisser s’aggraver la catastrophe écologique –  sous ses diverses faces, de l’emballement climatique à l’effondrement de la biodiversité  –, il justifie par avance le fait d’y répondre par le biais de procédés hightech, du monitoring numérique et du pilotage techno-scientiste global… que d’aucuns préconisent déjà comme seule façon de faire face à l’Anthropocène[21]. »

Il en va donc ainsi pour l’intelligence artificielle : progrès technologique proprement dévastateur, simple décuplement de la puissance de calcul informatique permis par l’accroissement des infrastructures numériques, qui pourrait aider à soigner des cancers. Mais puisque nous vivons dans un environnement toujours plus dégradé et intoxiqué, « pourquoi on serait contre ? »

3 La non-neutralité de la technologie éprouvée

Au termes de cet exposé, il nous faut donc poser quelques questions assez simples : qu’est-ce qui définit un « grand projet inutile et écocidaire » ? Est-ce qu’un centre de données construit au nom de la « souveraineté numérique » de la « nouvelle France » est plus acceptable que n’importe quel autre centre de données ? L’engloutissement des ressources peut-il être justifié par le succès hypothétique des « pépites » de l’industrie française de l’IA ?

Toutes ces questions de bon sens sont soulevées par bon nombre d’internautes, toutes les contradictions proprement insolubles entre développement de l’IA et préservation de l’environnement exposées ci-dessus sont d’ores-et-déjà assez connues. Et pourtant, parallèlement à cela, pullulent les appels à voter LFI en 2027 parce qu’il s’agit du programme « le plus sérieux en matière d’écologie ».

Et pourtant, continue de se perpétuer le mythe d’un gouvernement bien intentionné, qui manierait une technologie aussi dangereuse et fondamentalement anti-écologique que l’IA avec mesure et parcimonie.

Comment réagira donc le milieu militant écologiste, majoritairement à gauche et favorable à une « planification/bifurcation écologique » – bien que tout le monde semble encore mettre ce qu’il veut derrière ces notions –, lorsqu’il devra se soumettre face aux infrastructures numériques imposées sur tout le territoire au nom de la « souveraineté » ? Ces militants qui se sont tous, jusqu’ici, contenté de dénoncer tel gouvernement, tel politique ou telle multinationale. Qui se sont tant acharnés à neutraliser notre critique anti-tech et anti-industrielle des logiques structurelles qui mènent, d’une manière ou d’une autre, à l’artificialisation totale du monde et à la soumission complète des êtres humains au système techno-industriel global. Pouvons-nous accepter la perpétuation de la destruction au nom du moindre mal et de la lutte antifasciste ? Nous contenterons-nous de nous dire que la « police républicaine » de Mélenchon est moins violente, plus surveillée ? Qu’elle tape un peu moins fort ?

Évidemment, nous ne nous attendons pas à ce qu’un parti politique renonce à l’IA et à la technologie. Ils ne sont bien là que des candidats à l’administration du désastre et cela est structurellement impossible. Nous pensons que ce refus catégorique ne peut venir que de la population. Et la résistance quasi-spontanée à l’IA est là un signe encourageant : pour autant, ce refus ne doit pas se limiter à l’IA, au risque de succomber à toutes les fausses promesses irréalistes de régulation, de réglementation et de contrôle. Car l’une des lois du progrès technologique est bien la destruction d’anciens savoir-faire et de l’autonomie au profit d’une dépendance accrue au système technologique. Si l’IA finit par devenir indispensable, ses infrastructures deviendront incritiquables.

Nous ne pouvons nous contenter de déclarer gravement le début de la guerre de l’eau toutes les décennies. La guerre pour la terre et la liberté a déjà commencé, depuis bien longtemps. Chaque avancée technologique, chaque récupération des revendications par une caste d’ingénieurs promettant une meilleure gestion des catastrophes que les autres, est une défaite.

Plus que jamais, il est nécessaire de formuler une critique radicale et systémique de l’industrie et de la technologie, pour construire sur des bases solides la résistance du XXIème siècle.

Note annexe 1 : Pourquoi critiquer LFI ?

Dès lors que l’on critique LFI, en temps de front populaire face à l’extrême droite, on est immédiatement accusé de fragiliser le camp du bien et de faire le jeu du fascisme. Révolution Permanente en fait par exemple régulièrement les frais. ATR aussi.

Comme nous l’avons montré, nous ne sommes absolument pas dupes sur les intentions de tous les autres candidats aux prochaines présidentielles de la France : tous voudront développer l’IA, tous promettent la « souveraineté », aucun n’est à la hauteur en matière d’écologie et de libertés puisque la France est insérée dans un système techno-industriel globalisé et hors de contrôle, lancé dans une fuite en avant suicidaire.

Les partis de droite ou d’extrême droite, qui jouent sur la puissance nationale, continueront le pillage d’un territoire d’ores et déjà dévasté. Ils annihileront les oppositions à tous les projets d’artificialisation en qualifiant les défenseurs de la nature de terroristes, d’obscurantistes et d’ennemis intérieurs. Ils intensifieront les conflits sociaux en mettant en place des grands plans d’austérité et des politiques discriminantes visant des catégories de la population bien ciblées, et promettront aux autres un retour au glorieux passé de la France, quand les travailleurs étaient récompensés à la juste valeur de leur sueur sacrifiée sur l’autel de la grandeur nationale.

Toutefois, nous voulons montrer que LFI ne déroge pas au projet d’artificialisation du monde et ne pourra rien faire contre la menace technologique. Nous nous attachons à en montrer les angles morts car nous savons que les derniers espoirs de nombreux partisans de la justice sociale et de la préservation de ce qu’il reste de nature et de liberté résident dans l’accession de la France Insoumise au pouvoir. Dès lors, il nous semble crucial de pointer du doigt ce qui apparaît comme des tentatives désespérées de préservation de la société industrielle par une caste d’ingénieurs et de technocrates.

Le combat pour la terre et la liberté a déjà commencé, les victimes sont déjà innombrables. La voie réformiste n’est qu’un piège. Les conséquences désastreuses de l’expansion industrielle s’empirent et s’accumulent. Seule l’issue révolutionnaire est à la hauteur des enjeux de notre siècle.

Note annexe 2 : Nous savons que Manuel Bompard ne représente pas une opinion consensuelle sur l'IA de la part de tous les électeurs de LFI. Néanmoins sa position centrale au sein du parti (ainsi que son statut d'expert) laisse présumer que cette vision de l'IA et des technologies est majoritaire dans la coordination de la France Insoumise et va donc ruisseler dans tout le mouvement.

Cet article vous a intéressé ?

Rejoignez-nous et accédez à des contenus et formations réservés aux membres.

Nous rejoindre

Footnote [1] — https://www.youtube.com/watch?v=wTTYjqfF-Xs de 07:39 à 16:10.

Footnote [2] — Brochure Les argumentocs. Comment répondre aux lieux communs de la croissance et du progrès ?, Les renseignements généreux, 2006.

Footnote [3] — Sur une étude du MIT de juin 2025, au sujet de Chat GPT et de son impact sur les capacités cognitives : https://www.instagram.com/p/DPqjJiejC_x/

Footnote [4] — https://lematin.ma/societe/reseaux-sociaux-et-ia-comment-les-algorithmes-impactent-nos-pensees/328968 et notamment la réponse à la question « Comment l’IA a-t-elle aggravé notre dépendance aux réseaux numériques et quels risques courons-nous à moyen et long terme ? »

Footnote [5] — Célia Izoard, « Terre pillée et intoxiquée : comment l’IA change le monde », https://journal-labreche.fr/terre-pillee-et-intoxiquee-comment-lia-change-le-monde/

Footnote [6] — Au sujet de l’utilisation de l’IA dans l’éducation des enfants : https://www.instagram.com/p/DSe5-dVirtE/

Footnote [7] — Sur une IA nommée ministre des marchés publics en Albanie en septembre2025 : https://www.instagram.com/p/DojRjCOjEtv/. Sur une IA candidate aux élections législatives colombiennes en février 2026 : https://www.instagram.com/p/DXMIvWIjMVs/ et https://www.facebook.com/share/p/1Q3hxARn9r/.

Footnote [8] — https://www.maddyness.com/2026/06/16/edouard-philippe-candidat-a-la-presidentielle-lia-nest-plus-un-sujet-de-specialistes-cest-une-question-de-pouvoir-de-prosperite-et-de-liberte/, https://attalpresident.fr/actualites/vivatech-gabriel-attal-place-l-intelligence-artificielle-et-la-souverainete-au-coeur-de-son-projet, https://www.lefigaro.fr/politique/l-ia-sera-la-souverainete-pour-bruno-retailleau-l-intelligence-artificielle-est-une-architecture-de-civilisation-20260707, https://www.20minutes.fr/politique/4228893-20260613-bousillent-cerveau-enfants-dirigeants-raphael-glucksmann-prend-geants-numerique, https://rassemblementnational.fr/post/lunion-europeenne-renonce-encore-a-sa-souverainete-numerique

Footnote [9] — Marc Semo, « Les multinationales sont-elles désormais plus puissantes que les États », La géopolitique en 100 questions. Comprendre le monde de demain, Texto, pp. 286-288.

Footnote [10] — « Que disent les câbles sous-marins de la nouvelle géopolitique du monde ? » Ibid., p. 284

Footnote [11] — « Civilisation industrielle = Zéro souveraineté et totales dépendances individuelles et collectives », Antitech26, Ricochets, mai 2026, https://ricochets.cc/Civilisation-industrielle-Zero-souverainete-et-totales-dependances-individuelles-et-collectives-9204.html

Footnote [12] — https://melenchon2027.fr/programme2025/livre/l-harmonie-des-etres-humains-avec-la-nature/

Footnote [13] — Jacques Ellul, Le bluff technologique, Pluriel, p. 284.

Footnote [14] — Guillaume Carnino, « Adieu aux cybersoviets : sur les impasses de l’accélérationnisme de gauche », Terrestres, février 2026, https://www.terrestres.org/2026/02/12/adieu-aux-cybersoviets-sur-les-impasses-de-laccelerationnisme-de-gauche/

Footnote [15] — https://lesamisdebartleby.wordpress.com/2023/02/21/jose-ardillo-la-technique-selon-jacques-ellul/ et https://www.icns.es/fr/actualites/jacques_ellul_la_technique_ou_lenjeu_du_siecle

Footnote [16] — Guillaume Carnino, « Adieu aux cybersoviets », Terrestres, ibid.

Footnote [17] — René Riesel et Jaime Semprun, Catastrophisme, administration du désastre et soumission durable, Éditions de l’Encyclopédie des Nuisances, 2008. Riesel et Semprun y expliquent que la crise écologique et le « risque » permanent, inhérents à la société industrielle et pris en charge par divers gouvernements, participent au renforcement du contrôle, de la surveillance et de la soumission des êtres humains à un système totalitaire.

Footnote [18] — « Ce seront les divers responsables de la ruine de la terre qui organiseront le sauvetage du peu qui en restera, et qui après l’abondance géreront la pénurie et la survie. Car ceux-là n’ont aucun préjugé, ils ne croient pas plus au développement qu’à l’écologie : ils ne croient qu’au pouvoir, qui est celui de faire ce qui ne peut être fait autrement. » Bernard Charbonneau, Le Feu vert,1980.

Footnote [19] — https://melenchon2027.fr/programme2025/livre/chapitre12/s1/

Footnote [20] — https://melenchon2027.fr/programme2025/livre/chapitre12/s2/

Footnote [21] — Aurélien Berlan, Laure Teulières, Guillaume Carbou (dir.), « Du verdissement de façade au verrouillage de l’avenir : formes et fonctions du greenwashing », dans : Greenwashing. Manuel pour dépolluer le débat public, Editions du Seuil, 2022. Disponible en ligne : https://greenwashingeconomy.com/greenwashing-structurel-societe-industrielle/

Rejoignez la résistance.

ATR accueille et forme constamment de nouvelles recrues déterminées à combattre le système technologique.